la vita comune

Pendant mon traitement mensuel ce matin, l’infirmière m’a demandé où j’habitais… Je lui décris un peu le quartier pour la situer… Et quelle a été ma surprise de l’entendre me demander: Ok mais où est-ce que vous vivez, dans une résidence… du type CHSLD?
Ça m’a un peu secouée, me rappelant à quel point c’est un vrai petit miracle que je puisse encore habiter chez moi!!!
Et aussi, ça me fait vite sentir l’urgence de publier ces mots qui m’habitent, qui cogitent depuis trop longtemps…

Tout mon parcours de vie à roulettes est truffé de rencontres avec le bon samaritain, qui prend mille visages… et autant de sourires, de mots et de mains!!

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image tirée d’un clip sur Youtube

L’hiver qui enfin s’est retiré a rapporté avec lui un peu plus de ma mobilité,
me laissant avec un besoin grandissant de l’autre au quotidien pour accomplir ce pour quoi je suis née, ce qui me fait vibrer…
Et me faisant ressentir de façon encore plus aiguë la nécessité du vivre ensemble,
et cette conviction profonde
que c’est tellement ce qui peut sauver notre monde !

Alchimie?
les failles, et l’immobilisme de mon enveloppe, de ma chair…
Et ma vulnérabilité sont devenus le moteur d’une aventure non prémiditée,
Où la fragilité devient le terrain d’accueil de l’Autre et son prétexte pour venir offrir, voir une étincelle de sa mission activée…ou du moins croire qu’elle s’est pas envolée en fumée…
Oui, ici et maintenant, j’ai toute la chance du monde de voir à l’œuvre, sous mon toit
et dans mon quotidien, des éclats
de ce trésor si précieux auquel on prête parfois le nom d’entraide, de compassion, d’amitié, ou de communauté !

Terre de rencontre de fragilités,
mais aussi de missions…
De fleurs uniques, sauvages, superbe gerbe de fleurs
Appelez ça comme vous voudrez:
grâce au soutien et à l’amour d’un noyau d’amis dévoués,
Mais aussi de tant de gens,
d’anges amis devenus famille; de voisins, d’amis et connaissances de mes amis: de gens qui veulent aider !
Il m’est possible de pouvoir demeurer chez moi !!
Mille mercis, tellement !!!

Mon ami, mon frère Michel Pepin parlait de ses gladiateurs du bonheur, et moi, je ne trouve rien d’autre, rien de plus original, ou quétaine peut-être mais pour moi, toutes ces personnes au quotidien ne sont ni plus ni moins que des anges!

Il y a la fée Nadia, ma sœur, qui depuis l’arrière scène travaille fort pour combler les trous à l’horaire et trouver les lutins dont j’ai besoin au quotidien;
Et aussi mon ami Daniel qui a tout de suite plongé!
Mille mercis pour tous ces gestes qui me sauvent la vie!!
Pour tout ce temps, cette patience légendaire (je pense ici particulièrement à Daniel et Denis), à votre soutien au quotidien qui me permet de rester chez moi (plutôt qu’ailleurs), ou de me déplacer,
et de garder mon frigo, et mon milieu de vie, et mon cœur bien garni!
Mais d’abord et avant tout, chers amis,
c’est pour vous, pour qui vous êtes que je dis merci!

Merci Mom, Denis, Daniel, Nadia, Margareth, Sophie, Sandra, Michel, manu, Gilles, Dan, Jean-François, France, Anick, Sidney (et tous les autres qui vous reconnaissez) …de m’offrir ni plus ni moins que la possibilité d’être chez moi, soulagée de la solitude, active dans mon quotidien…Et même,  à ma faible mesure, être dans ma mission !!!
Et même mon chien, ma belle pitou(-ne) MIRA y met du sien!

Et si dit comme ça,
Ça peut sembler un conte de fée…
Détrompez-vous !
Ici, comme ailleurs, la lumière côtoie la pénombre
La magie opère..main dans la main avec une bonne dose d’efforts.
À Daniel, Nadia, Denis, manu, mom et tous les autres vous demanderez!
Et à vous tous qui y croyez et y aspirez:
tentez le coup, osez joindre la danse !
On est jamais de trop pour accueillir la différence !

Oui, les sentiers du vivre ensemble (version ultra concentrée, condensé de caring, de dépassement de soi et d’amour!) sont bien loin de la facilité,
mais combien riches en liens et en possibilités qui se tissent au coeur des fragilités…

De tout mon coeur, je vous dis Mille mercis !!! 💜

PS : si jamais l’élan vous prend de joindre la danse, communiquez avec Nadia ( on cherche toujours des gens pour l’équipe de soins)… ou encore le dépanneur Sylvestre pour joindre un embryon, une aventure sans pareil du vivre ensemble (dans sa version plus trad telle qu’initiée en Europe…version quand même plus concentrée)! Où se croisent et se conjuguent vulnérabilité, diversité, humanité, rencontres, inclusion!

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dessin tiré du site les antennes de paix: https://antennesdepaix.org/journee-internationale-des-personnes-extra-ordinaires/

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« J’ai fait Montréal-Québec en fauteuil roulant. Tout ça me donnait de la drive ».

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Inspiration

J’ai demandé à Michel Pepin ce qui l’a inspiré, et ce qui l’a aidé à se dépasser, au fil des défis rencontrés. Sans hésiter, il m’a tout de suite parlé d’une employée d’un service gouvernemental qui l’a beaucoup appuyé et encouragé, à la suite de problèmes familiaux. Voyant ce qu’il vivait, cette dame a offert à Michel un soutien incroyable. Je sentais toute sa gratitude quand il m’a raconté qu’il lui parlait régulièrement, et comment au cœur des difficultés et des souffrances vécues, « c’est la seule personne qui est restée près de moi tout le temps, qui me donnait toujours de l’amour. Et à partir de là, j’ai cru que je valais quelque chose ».

« J’avais un sentiment d’autodestruction depuis que j’étais jeune. Je pensais pas mériter le bonheur. Pis quand le bonheur a été a côté de moi, je faisais tout pour qu’il s’en aille. Pis les gens qui étaient autour de moi, s’ils étaient fins, je les testais pour voir s’ils m’aimaient vraiment. Pis généralement, tout le monde s’en allait. Parce que je faisais des trucs méchants. Pis cette femme-là est restée avec moi, pis elle m’a toujours donné de l’amour. Pis là je me suis dit wow! c’est beau ça! C’est ça que je veux être! ».
Elle lui a offert Le petit prince, de St-Exupéry. Qu’il a tout de suite lu et qui l’a beaucoup inspiré. « Cette femme-là, c’est elle qui a pas mal transformé ma vie  ».

Regard sur la vie

J’ai ensuite demandé à Michel Pepin comment la maladie et le handicap ont changé son regard sur la vie. Il a repris une phrase célèbre du Petit Prince : « L’essentiel est invisible pour les yeux ». Et m’a dit qu’il se concentre sur les petites choses, les vraies choses.  « Avec le handicap, je me suis rendu compte qu’on se cassait la tête. Moi, tout le monde, ou presque. Et pour des  niaiseries. Pis que les vraies choses, c’est être bien à l’intérieur de toi. Être calme, avoir rien dans ta tête… C’est juste être bien, être zen, accepter ce qui t’arrive, pis avoir l’humilité de voir que tu as vraiment pas de contrôle sur ce qui t’arrives dans la vie. Tout ce que tu décides, c’est comment tu regarde les choses. Tu possèdes, je possède le droit du regard. Pis peu importe ce qui nous arrive, comment on va le prendre, c’est nous autres qui décide ! »

Michel dit que la maladie lui a appris à ne pas se centrer sur les illusions. Aussi, il dit que son corps est une illusion : « Tsé, il existe mon corps, mais c’est pas ce que je suis. Ce que je suis est à l’intérieur de moi. Ça fait zen, mais c’est vraiment ça (que) je pense ».

Il prend pour exemple plusieurs grands de ce monde, dont Mandela et Gandhi : « Ces gens-là ont trouvé l’énergie, la source à l’intérieur d’eux.
Pis moi, à l’intérieur de moi, j’suis pas malade ! Ce que je suis n’est pas malade. Mon corps a des handicaps, est malade, mais c’est une illusion de ce que je suis ».

«  Mon corps c’est une école »

Puis j’ai demandé à Michel de me parler de sa relation avec son corps, avant et après le diagnostic. Il m’a raconté qu’avant, il prenait un peu son corps pour acquis, et n’y faisait pas attention. « Je prenais de la drogue, je mangeais mal, je faisais de l’exercice, mais mon corps c’était juste un outil. Pour faire. (…) Maintenant, je sais pas, c’est un prolongement de ce que je suis ». Il aime son corps et le trouve beau. Et unique.

« Mon corps m’empêche de faire des trucs… C’est sûr qu’il me fait avoir des douleurs, qu’il me met des contraintes, mais ce que j’suis n’a rien à voir avec mon corps. Pis mon corps, y est là, pis je vis avec. Je suis pas fâché après, pis j’suis pas content… C’est juste qu’y est là, pis je dois « dealer » avec comment il est. ..au moment où il est.

En même temps, je le vois comme un maître, mon corps, pour m’apprendre des choses.
Mon corps c’est une école, pis à travers lui, j’apprends à devenir une plus grande personne.

Tu dois me trouver « New Age » pas mal, hein? »